16 04 2026 DCI Palestine dissolution

Capture d’écran d’une vidéo de caméra surveillance lors d’une perquisition des bureaux de DCI-P en août 2022

Alors que le parlement israélien vient d’adopter une loi instaurant la peine de mort pour les « terroristes palestiniens » et que le génocide se poursuit à Gaza, une organisation de référence dans la protection des enfants palestiniens contre la détention militaire est contrainte de cesser ses opérations. Défense des Enfants International Palestine (DCI-P), active depuis 35 ans, a dû mettre clé sous la porte et suspendre ses activités fin mars. La pression israélienne sur ses équipes est devenue incompatible avec la sécurité de son personnel. Défense des Enfants International Belgique (DCI-B) prend acte avec consternation de cette fermeture et s'engage à poursuivre ce combat par d'autres voies de défense des droits des enfants palestiniens.

Une fermeture forcée

Fondée en 1991 durant la Première Intifada, DCI-P était la première organisation consacrée aux droits des enfants dans la région et la première à représenter des enfants devant les tribunaux militaires israéliens. En 35 ans, elle a fourni une aide juridique directe à plus de 300 enfants par an, contribué à l'élaboration des lois palestiniennes sur l'enfance, et documenté les violations israéliennes auprès de l'ONU et de la Cour Pénale Internationale.

« La fermeture de DCI-P est le résultat d'une stratégie délibérée visant à faire taire les témoins indépendants. Israël ne veut pas que le monde sache ce qui se passe dans ses centres de détention militaire. DCI-P le documentait depuis 35 ans — c'est exactement pour cela qu'elle était dans le viseur » condamne Benoit Van Keirsbilck, directeur de DCI-B, expert indépendant au Comité ONU des droits de l'enfant

Des menaces directes et physiques

Depuis 2021, Israël a désigné DCI-P comme « organisation terroriste » sans qu'aucune preuve n'ait été établie par l'UE ou ses États membres. Cette désignation a créé un environnement dangereux : les enfants aidés risquent d'être associés à une entité « hors-la-loi », le personnel fait face à des arrestations, interdictions de voyager et sanctions financières et les bureaux ont été perquisitionnés et les archives détruites par l'armée israélienne.

En septembre 2025, plusieurs organisations palestiniennes ont en outre été sanctionnées par les États-Unis pour leur coopération avec la Cour pénale internationale (CPI). L'adoption récente par Israël de la peine de mort pour terrorisme a achevé de rendre la situation intenable. « Nous avons atteint le point où les risques pour les enfants, les familles et le personnel que nous servons dépassent notre capacité à opérer. DCI-P suspend ses activités avec le cœur lourd, mais la conscience claire », écrit l'organisation dans son message d'adieu.

Un combat de plusieurs décennies

Si DCI-P cesse d'exister en tant qu'institution, ses 35 années de documentation — preuves de violations, précédents juridiques, témoignages — demeurent et continuent d'alimenter les travaux de l'ONU et de la CPI. Benoit Van Keirsbilck rappelle que « les enfants palestiniens subissent génocide, apartheid et occupation militaire. Ils sont emprisonnés, ensevelis sous les décombres ou condamnés à vivre avec un handicap à vie. Ils sont privés d’éducation, expulsés de leur logement, séparés de leur famille. Et maintenant, la principale organisation qui les défendait est réduite au silence ! »

DCI-P laisse un héritage concret : l'organisation a prouvé qu'un travail rigoureux de documentation, de plaidoyer et de mobilisation sociale pouvait faire bouger les lignes, y compris devant les plus hautes instances internationales. Sa disparition est une perte immense, mais son œuvre reste une boussole.

L’importance d’un soutien international aux ONG palestiniennes

La fermeture de DCI-P ne marque pas la fin de l'engagement de DCI-B pour les droits des enfants palestiniens. Des discussions sont en cours avec d'autres organisations pour assurer la continuité de ce soutien de manière sûre et durable.

« Soutenir les défenseurs des droits humains palestiniens est une obligation de droit international. La communauté internationale doit utiliser tous les moyens disponibles pour tenir Israël responsable de la répression de la société civile palestinienne, et rendre justice aux enfants victimes. » affirme Benoit Van Keirsbilck.